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MESSAGE DE CLAUDE GOUIN HOKA COLLECTIF MEUH
http://hoka.free.fr/exposition.html (pétition)
la poète innue RITA qui devait être présente pour la semaine des peuples premiers se bat actuellement pour la sauvegarde de la rivière ROMAINE menacée par un barrage hydro-éléctrique. voici un texte afin de solliciter l'opinion public pour soutenir sa cause, merci pour l'attention que vous porterez à son message et celui de sa communauté.
merci de faire suivre ce mémoire à toute personne sensible aux droits des premières nations.
Mémoire pour protéger la belle rivière Romaine Ninan nishipiminan
Présenté par les Innus de Ekuanitshit (anciens, enfants, jeunes, hommes et femmes) Les voix de David Basile et Rita Mestokosho
Au Bureau des audiences publiques Complexe de la Romaine Ekuanitshit – 2 décembre 2008 Version originale
Je m’avance aujourd’hui pour ceux et celles qui s’opposent ouvertement à ce projet que l’on nomme le projet de complexe hydroéléctrique La Romaine. Complexe est en effet la situation et la population d'Ekuanitshit reste encore mal informée de ses répercussions. Qui a la possibilité au sein de la population de lire les 1500 pages de l'étude d'impact que nous devons aujourd'hui commenter et ce ne sont pas les réunions d'information qui ont pu nous aider à mieux connaître les enjeux du projet. Car chaque intervention d'Hydro-Québec donnait des réponses avant même que soit posées les questions. Quelle était donc la place à la concertation ? Est ce que vous avez pu croire que cela ne nous intéressait pas ? Non, nous ne nous sommes pas sentis écoutés ni véritablement consultés. Et les aînés qui étaient présents à chaque réunion et en notre nom à tous peuvent en témoigner.
Alors aujourd'hui je vais prendre la parole pour exprimer nos grandes inquiétudes.
Je suis fière d’être Innu(e) et je suis encore plus honoré(e) de savoir que mes ancêtres ont frôlé cette terre qui entoure la rivière Romaine, et de savoir qu’au moment où je parle, il y a encore des Innus qui occupent cette terre, et qui boivent de cette eau. Je pense aussi à toutes les plantes médicinales qui poussent aux abords de la rivière et à tous les animaux qui parcourent et qui habitent cette terre. Le nomadisme de mon peuple a fait de nous, des gardiens.
Aujourd’hui en partie sédentaire, nous éprouvons toujours un profond attachement à cette rivière. Non pas par simple nostalgie, mais parce que nous vivons encore sur ce territoire. Et comme nous l'ont rappelé les anciens lors du rassemblement des aînés qui s’est tenu à Ekuanitshit au site « Mamuitutau rassemblons-nous » au mois d’août 2007, ce projet va détruire et noyer toutes leurs connaissances et leurs savoirs, en plus de profaner les sépultures de tous ceux et celles qui sont partis pour l’autre monde : nos grands-pères et nos grands-mères qui avaient une âme profonde, une âme profonde comme la rivière. Les anciens aujourd'hui ont déjà repéré des changements causés par l’exploitation de la terre, et ils ont dit que la couleur des rivières change, que l’eau est plus brunâtre. Alors ils sont inquiets pour demain et pour le futur de leurs petits-enfants et leurs arrières petits-enfants. La première chose précieuse que va noyer les barrages, c'est notre culture. Et notre culture est encore vivante.
Pour preuve, en 1999, dans le cadre d’une étude, la communauté de Ekuanitshit a fait l’évaluation de la disponibilité des plantes médicinales de notre milieu. Nous avons fait l’inventaire de plusieurs trentaine de plantes. En 2000 la communauté de Ekuanitshit a mis en place une pharmacie innue qui est disponible pour toute la population innue de Ekuanitshit. Ce projet réalisé vise une démarche qui cadre dans le concept du développement durable et d’une gestion intégrée des ressources et du territoire. Il est essentiel pour nous de transmettre ce savoir à la jeune génération. Aujourd’hui en 2008, le territoire de cueillette des femmes devient de plus en plus petit, devient de plus en plus pollué, devient de plus en plus en danger par toutes les formes de pollution que sont les dépotoirs, les mines, la déforestation et maintenant les barrages hydro-électriques.
Nous avons aussi réalisé un sondage auprès de la population en septembre 2005 concernant l’alimentation traditionnelle et cela nous a démontré que les Innus de Ekuanitshit se nourrissent régulièrement de caribou; d’outarde; de castor; de perdrix; de lièvre; de saumon; de truite; de caplan et de morue, etc…. L'étude d'impact, même si elle ne dit pas tout, avoue que ce gibier va fuir. Et c'est l'Innu Aitun qui finira par disparaître à leur suite. Une grande partie de notre histoire, de notre culture sera inondée et perdue à jamais lors de la rétention des eaux par les 4 réservoirs. Cette perte n’est pas chiffrable et causera une profonde blessure.
Nous les Innus de Ekuanitshit entretenons une relation spéciale avec la terre, et ses ressources. Et une relation encore plus particulière avec la rivière Romaine. Par cette relation nous favorisons la continuité des cycles naturels de chaque espèce animale et notre mode de vie traditionnel savait respecter l'ecosystème de la forêt. Les études menées n'ont pas pris en compte la complicité historique des Innus d'Ekuanitshit et du territoire concerné par le projet. Ce ne sont pas les Innus de Natashquan, de Unamen Shipi et de Pakua Shipi qui ont pagayé et portagé sur la rivière Romaine depuis des millénaires.
Nous les Innus de Ekuanitshit, anciens, enfants, jeunes, hommes et femmes, nous reconnaissons notre relation intime avec la terre de nos ancêtres. Nous avons le devoir de protéger la forêt et cette rivière, la belle rivière Romaine. Il ne faut pas nous voir comme un simple élément du « grand public », et nous ne sommes pas des « simples intervenants » parmi tant d’autres. Nous sommes des gardiens. Et nous sommes chez nous. Car jusqu’à ce jour, nous n’avons jamais signé d’entente de principe à caractère global ou de traité avec les autorités coloniales françaises ou anglaises puis québécoises ou canadiennes indiquant un rétrocession de nos terres.
Cette terre nous ne l'avons jamais cédée et nous avons continué à la préserver afin qu'à son tour elle puisse nourrir et soigner les êtres qui y vivent. En revanche, conscients de notre rôle de gardiens de la plus grande forêt du monde nécessaire à l'équilibre des climats et des écosystèmes, et soucieux de préserver notre culture et notre autonomie, nous avons demandé depuis longtemps aux gouvernements de respecter l'engagement constitutionnel de reconnaître nos droits ancestraux et notre titre aborigène sur cette terre. Aujourd'hui, par l'entremise d'Hydro-Québec, les gouvernements tentent d'une part d'exploiter notre territoire de façon agressive pour l'environnement et d'autre part de nous pousser à renoncer à nos droits en échange d'argent et d'une illusion de co-gestion. En ce qui concerne les engagements d'hydro-Québec de minimiser les impacts des barrages sur l'environnement, nous ne pouvons croire en leur fiabilité car aucune étude officielle totalement indépendante n'a été faite.
Heureusement des associations non gouvernementales, comme la fondation Rivières, ont étudié l'étude d'impact et elles ont révélé que de nombreuses questions restaient sans réponses, en particulier concernant la fuite du gibier et les répercussions sur l'écosystème de la forêt et des îles Mingan. Elles ont montré que les échantillonnages choisis manquaient souvent d'impartialité et orientaient les résultats. Comme par hasard, le gouvernement vient de leur retirer toute subvention. Cet été aussi, l'association Alliance Environnement a envoyé des scientifiques sur la rivière pour faire eux-mêmes des analyses. Il n'est pas raisonnable de s'engager dans un tel projet sans connaître leurs résultats. Hydro-Québec a tout intérêt à contrôler l'étude d'impact et cherchera toujours à minimiser les risques. Cela s'appelle un conflit d'intérêt où le promoteur est juge et partie... Comment contrôler ce qui arrivera ensuite sur notre terre si nous renonçons à nos droits. Après les barrages hydroéléctriques sur la Romaine, toutes les autres rivières finiront par être arnachées, des mines vont s'ouvrir, des routes vont sillonner la forêt et ce territoire, comme l'Amazonie, va être petit à petit bouleversé au profit d'un mode de vie énergivore qui ne respecte pas l'équilibre du monde et qui aujourd'hui par le dérèglement climatique et la crise des ressources énergétiques a montré ses limites.
Nous ne croyons pas que ce projet va améliorer nos vies en tant qu’Innus car le cadre et le système de valeurs établis par des non-autochtones ne permettent pas de déterminer correctement les vraies répercussions culturelles, sociales et économiques directs et indirects sur notre communauté.
Que ferons-nous de cet argent si nous n'avons plus de territoire sur lequel nous pourrions développer notre économie et notre culture propres. Que ferons-nous de toutes les redevances reçues en échange de cette exploitation si notre territoire se résume à notre réserve où nous sommes déjà si serrés, dépendants et en souffrance. L'alcool, la drogue, la violence dans notre réserve expriment un malaise profond. Est-ce que l'argent pourra résoudre ces problèmes s'il ne peut être utilisé pour retrouver notre indépendance économique et reconquérir notre dignité? Quelles activités porteuses d'emploi pourront nous développer si nous n'avons plus de lieu pour les mener ?
Nous voulons reprendre en main notre destin, nous voulons une autonomie reconnue, respectée, complète, consentie et sérieuse mais il n’y a pas de souveraineté, ni de développement sans assise territoriale. Il nous faut donc, avant de signer toute entente commerciale, obtenir la reconnaissance de notre titre aborigène, qui signe notre titre de propriété sur ce territoire,. Ainsi nous pourrons mieux contrôler l'utilisation de la forêt et mieux contrôler nos destinées. Cette négociation n’est pas juste car le gouvernement par l’entremise d’hydro-Québec ne respecte pas notre relation particulier et unique avec la terre telle que nos ancêtres la vivait, telle que la constitution canadienne l'a reconnu et telle que la déclaration des droits des peuples autochtones des nations unies l'a proclamé. Nous prenons un risque considérable, pour le peuple Innu et pour la forêt, à renoncer à notre principale revendication depuis le début des négociations territoriales : obtenir la reconnaissance de notre titre aborigène sur tout le territoire ancestral tel que défini dans la proposition déposée en 2004. d’ailleurs offert à la maison de la santé.
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